Partir
C’est la deuxième fois qu’il vient ici
dans ce bar
Près de son ancien lycée
A deux cents mètres de chez lui.
Après quelques minutes,
Alors qu’il est assis
A l’extrémité du café
Un habitué
fait le tour
De tous les sourires
Et de toutes les mains
Présentes
Et en arrivant à sa hauteur
Il lui dit
En voyant son ordi
Et ses lunettes
Avec un grand sourire
« Ça va, le geek ? »
Grand
Fin
Trop maigre
Pour être malhonnête
Comme le dit
Jacques Brel
Dans la chanson « Orly »
A propos d’un jeune couple.
Il respire l’amour
L’humanité
La fraternité.
Son cœur
Est comme un litchi
Qui flotte
Qui survit
A la surface
d’un verre
Rempli de sucre
et de liqueur.
En sortant des toilettes
Il dit au geek :
« Dans 3 ans
la France
C’est la Grèce.
Il faut partir ! »
« C’est complexe.
L’humain est complexe surtout. »
« Ah ça !
Je crois qu’on a un ange dans le cœur
Et un diable
dans la tête. »
Il dit ça naturellement
En repartant rejoindre
Les autres habitués
Accoudés au comptoir
Avec derrière eux les télés
Qui diffusent des courses de PMU
en boucle.
Le geek continue à travailler
et sourit
En regardant régulièrement ce nouvel ami
Dont le cœur déborde
Comme une fontaine
De simplicité et d’amour.
Et alors que le geek finalement part
Quitte le bar
En passant par le comptoir
Il touche l’épaule de ce nouveau frère.
Celui-ci
lui serre la main
et lui dit
« N’oublie pas ce que je t’ai dit ! »
N’oublie pas ! »
Ils se quittent dans un sourire.
Le geek repart marcher
Se délasser
Comme toutes les heures et demi.
Et vingt minutes plus tard
Alors qu’il vient de s’asseoir
Pour souffler
Pour respirer
profondément
dans un parc
Il se dit qu’il a raison.
Il faut partir.
En tout cas : il veut partir.
De sa tête…
Pour aller vivre le plus de temps possible
Chaque année
Dans ce hameau de paix
De sérénité
Et de lumière
Qu’est son coeur.
Qu’est son coeur.
Son coeur