Sur son 32
Il arrive
Jusqu’à nous
Conducteur de bus
Avec le sourire
Lumineux
Franc
Et enfantin
Du combattant Salahdine Parnasse.
Il glisse dans la vie
Dans Paris
la gentillesse élégante
Comme un enfant
Avec son nœud papillon
A un mariage
La jovialité sur son 31
Alors qu’arrière de son bus
En gros
C’est indiqué « 32 ».
« Not the first on the left
Behind you.
The second. »
A l’arrêt
Juste après la gare Saint Lazare
Il prend le temps
De guider précisément
Des touristes étrangers
Qui semblent chercher depuis des heures
Un trésor perdu
Une promesse qui leur échappe
La possibilité de traverser Paris
Sans ne jamais quitter le bleu du ciel
A bord de la ligne 42.
Les portes se referment
entre lui et les touristes
Et il repart sur son 31
Et son 32.
Décontracté
Au niveau des Champs Elysées
Soudainement
Il s’arrête
et ouvre les portes de son bus.
Un piéton s’est autoproclamé « roi de la route »
Alors que selon le code de la route
Il pouvait seulement postuler
Au titre
de seigneur du trottoir.
Il l’interpelle.
Le distrait
prend le soleil comme témoin
et comme allié
Et lui dit :
« Tranquille
Regarde comme il fait beau, frère ».
Amusé
Par cette spontanéité
Cette jovialité
Il le salue
De la main
Et repart
Comme si c’était un ami du lycée
Un vieux copain de quartier
Qu’il avait aujourd’hui
Par bonheur
Et par hasard
Retrouvé.
Jardin du Ranelagh
16ème arrondissement de Paris
Un peu plus loin sur le trajet
Un couple de retraités
Descend
En passant par l’entrée
Pour le retrouver
Le remercier
Comme s’ils étaient habitués
D’être cajolés
Bonifiés
Depuis des mois
Par sa gentillesse
Son sourire
Et la chaleur de sa présence.
Les portes se referment
Le bus avance
Et se rapproche de l’arrêt « Porte de Passy ».
Un collégien
à un feu tricolore
Tape sur la fenêtre
Pour se faire remarquer
Et tenter de prendre le bus à la volée
Sans non plus tenter une folle acrobatie
à la Belmondo
Ou à la Tom Cruise.
Le chauffeur lui fait signe
Que le prochain arrêt
Se situe
A quelques mètres
Devant.
Le gamin court
Le bus redémarre
puis s’arrête à l’endroit indiqué.
Les premiers passants montent
Puis c’est au tour du collégien essoufflé
De monter en passant devant le chauffeur.
Comme un grand frère
Qui veut vous élever
Vous responsabiliser
Vous inciter à observer
Avant de paniquer
Il lui dit :
« Si t’avais marché
Sans jamais t’arrêter
Tu serais arrivé
Ici
avant moi ».
Le bus redémarre
Puis quelques minutes plus tard
arrive au terminus
« Porte d’Auteuil ».
Avant de descendre
Tous les passagers lui disent
Au revoir
Finalement
Comme pour lui dire « merci ».
Certaines présences
Par leur générosité
Leur sincérité
Leur responsabilité
changent tout.
Lui a un sourire
Naturel
Lumineux
Franc
Enfantin
Le sourire du combattant Salahdine Parnasse.
Un sourire
Qui jaillit
Comme une technique imparable
Comme un crochet que vous n’avez pas vu venir
Un crochet
Qui met KO
tous vos questionnements
Vos emballements
Et vos soucis.
Vous ne rêvez alors
Plus
que de respirer
De sourire
D’observer
Et d’aimer
Comme lui.
Lui
Qui glisse dans la vie
Dans Paris
la gentillesse élégante
Comme un enfant
Avec son nœud papillon
A un mariage
La jovialité sur son 31
Alors qu’à l’arrière de son bus
En gros
C’est indiqué « 32 ».
C’est indiqué « 32 ».